Saint-Just : un souffle de verre dans le vent : n°44, novembre 2011

Saint-Just : un souffle de verre dans le vent

Saint-Just - JPEG En France, la verrerie de Saint-Just fabrique depuis plus de deux siècles des vitraux, vitrages et plaques de verres colorés, soufflés à la bouche… la « haute-couture » du verre qui s’exporte loin de l’Hexagone.

Des vitraux de la basilique Notre-Dame de la Paix à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire ; des cloisons de verre bleuté de la Tour d’Argent à Tokyo, aux reflets jaune d’or du mur translucide qui accueille le visiteur à l’ambassade de France au Japon ; des vitres soufflées au Château de Versailles ; des fenêtres rénovées dans la résidence du président américain à la Maison-Blanche à l’immense spirale en vitraux du Thanksgiving square de Dallas qui apparaît dans le dernier film de Terence Malick, Tree of life, Palme d’or du dernier festival de Cannes : voilà un bref inventaire qui donne un aperçu des œuvres de la verrerie Saint-Just, fabrique étonnante et méconnue dont les productions sont pourtant visibles sur tous les continents.

Presque inconnue du grand public, la verrerie est implantée dans un petit village de la Loire, près de la ville Saint-Etienne, depuis 180 ans. Cette petite entreprise de moins de cent salariés reste le seul lieu en Europe où le verre de grande dimension est encore soufflé à la bouche. Ces grands formats, les artistes et les architectes les utilisent toujours et vantent leur qualité exceptionnelle. L’entreprise est notamment réputée pour ses couleurs, une riche palette de 300 coloris, du rubis foncé au bouton d’or, du vert Véronèse au bleu Matisse, une couleur autrefois spécifiquement conçu pour l’artiste.

La société a travaillé avec Marc Chagall, Juan Miró, Foujita ou Fernand Léger, pour lesquels elle a crée d’énormes plaques de verre soufflé plat ornant des vitraux célèbres dans le monde entier : dans la salle des pas perdus du bâtiment des Nations unies à New-York créés par Chagall ; dans la chapelle du Rosaire à Vence, imaginés par Henri Matisse, ou dans la chapelle Foujita à Reims.

Aujourd’hui, la verrerie collabore avec bien d’autres artistes contemporains, tels que Philippe Starck ou Peter Marino, à qui l’on doit la décoration d’une dizaine de boutiques de luxe à Shangai et à Tokyo, pourvues de verre coloré servant de panneau mural, renvoyant la lumière ou ajoutant une touche de couleur sans alourdir l’espace.

Devenue filiale du Groupe industriel Saint-Gobain, la discrète verrerie est au premier plan dans la plupart des grands chantiers récents de restauration du patrimoine. Elle séduit tout autant les créateurs et les artistes. Les architectes ont de plus en plus recours à ce matériau antique désormais associé aux technologies de pointe. La tendance actuelle à l’utilisation du verre est parfaitement justifiée par ses nombreuses qualités et applications. « On l’utilise de plus en plus, dans des domaines inimaginables… » résume Pierre Mainguenaud, spécialiste des technologies du verre au sein du Groupe industriel Saint-Gobain. Intégrant des LED (diodes électroluminescentes), il éclaire ; au contact d’une impulsion électrique, il chauffe. En cas de forte luminosité, les vitrages peuvent changer de teinte à la demande, ce qui réduit la consommation d’énergie. Et grâce à ses capacités vibratoires, avec un simple miroir connecté à système audio sans fil, le verre peut même être utilisé comme un haut-parleur.

A Saint-Just, les maîtres-verriers ont intégré toutes les technologies de pointe. Ils perpétuent la tradition artisanale du verre soufflé, mais rien ne leur échappe pour autant des dernières techniques du verre haut-de-gamme. Un alliage qui ne laisse rien au hasard, et qui permet à cette petite société de haut vol d’avoir un carnet d’adresse aussi bien rempli à l’étranger. Voilà une vieille dame résolument moderne !

Virginie Langerock

Dernière modification : 06/01/2012

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