Palais royal, Cité impériale : n° 42, novembre 2011

Palais royal, Cité impériale

Audience des ambassadeurs etrangers - JPEG Jusqu’au 9 janvier prochain, les visiteurs peuvent admirer à Paris les trésors de la Cité interdite. 130 œuvres majeures, sorties pour la première fois de la résidence sacrée des Empereurs de Chine ont rejoint le Palais du Louvre, autrefois résidence des rois de France, pour une exposition exceptionnelle.

L’exposition La Cité interdite au Louvre, Empereurs de Chine et rois de France est tout d’abord destinée au rapprochement entre deux lieux d’exception. Au cœur de la capitale française, le Louvre est en effet le plus grand palais européen. La Cité interdite quant à elle, avec ses 72 hectares, n’a pas d’équivalent au monde.

Après s’être engagées en 2008 à confier à la France certaines de leurs œuvres d’art – en échange de la grande exposition sur Napoléon organisée à Pékin –, les autorités chinoises ont tenu à ce que celles-ci soient exposées dans le plus prestigieux des musées français.

L’édification de la Cité interdite, née de la volonté de l’empereur Yongle (1403-1424), a débuté en 1407 et s’est terminée en 1420. Le Louvre, d’abord forteresse médiévale, devenait résidence royale au début du XIVème siècle, puis évoluait et s’agrandissait progressivement jusqu’au XVIIIème siècle. Si les deux chantiers s’étendent sur des périodes largement différentes, le parallélisme s’avère néanmoins pertinent entre les deux projets qui se rejoignent par leur ambition architecturale et symbolique : dans les deux cas, et à 9000 km de distance, il s’agissait d’offrir aux souverains des centres de vie et de pouvoir qui soient emblématiques de leur puissance et de leur gloire absolues.

Dans les fossés médiévaux du Louvre, une impressionnante maquette permet aux visiteurs d’appréhender le gigantisme du palais impérial chinois. Au-delà des douves qui l’entourent et derrière ses remparts rouges infranchissables, se dissimulent les allées labyrinthiques d’une cité regroupant des pavillons aux noms poétiques et hautement codifiés : palais de la Perfection absolue, de l’Élégance accumulée, de l’Harmonie soutenue, de la Tranquillité compatissante…

Mais l’originalité de l’exposition parisienne ne se limite pas au parallélisme des réalisations architecturales. Organisée selon un parcours chronologique dans trois espaces différents, elle met en parallèle l’histoire politique et culturelle des deux pays à travers les siècles. Elle présente en effet, sur une période couvrant 800 ans d’histoire, les liens qui ont pu exister entre les différents empereurs chinois et les monarques français. On découvre ainsi, au fil des salles, les correspondances étonnantes entre les deux pays.

Au XVIIème siècle, la Chine comme la France ont connu deux très longs règnes : celui de l’empereur Kangxi (1661-1722) et celui de Louis XIV (1643-1715), le Roi-Soleil. Dans ces deux pays, ce furent des périodes de grand rayonnement culturel. Les deux souverains s’admiraient mutuellement, entretenaient des relations, recevaient invités et visiteurs étrangers, s’inspiraient l’une de l’autre. Les 130 objets rares, soigneusement choisis par Jean-Paul Desroches, conservateur général au Musée Guimet et commissaire de l’exposition, parmi presque deux millions d’œuvres d’art de la Cité interdite attestent de l’influence qui s’est alors exercée.

Peintures, porcelaines, objets laqués, costumes d’apparat et rouleaux calligraphiés s’offrent comme autant de merveilles aux regards des visiteurs. Ici, c’est l’art sophistiqué de la broderie sur soie et les formes des robes de cérémonie des empereurs chinois qui influencent ostensiblement l’art du vêtement de la cour de France. Là, c’est un portrait de l’empereur Yongzheng, en costume occidental, portant un modèle de perruque en vogue sous le règne de Louis XIV qui attire le regard. D’un côté et de l’autre du monde, au delà du temps et des siècles, on se regarde et on s’admire.

Assurément, les relations entre la France et la Chine ne datent pas d’aujourd’hui. L’exposition La Cité interdite au Louvre met magnifiquement en exergue la fascination réciproque qui rapproche ces deux grands pays. Sous la Pyramide du Louvre, dix siècles d’histoire nous contemplent.

Kidi Bebey

Jusqu’au 9 janvier au Louvre, salles Sully et Richelieu
Site internet : www.louvre.fr

Dernière modification : 06/01/2012

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