Médicaments falsifiés, la France en première ligne : n° 45, novembre 2011

Médicaments falsifiés, la France en première ligne

Médicaments falsifiés - JPEG Le trafic de médicaments falsifiés est en hausse constante ces dernières années. Les victimes, particulièrement vulnérables du fait de leur état, croient se soigner alors qu’elles ne reçoivent souvent, au mieux, qu’un placebo. Si la répression est indispensable pour contrer le crime organisé à l’origine de ce trafic, la première riposte est d’alerter les populations.

Dans une ville moyenne du continent africain, des boîtes de médicaments sont vendues sur un étal de marché. Moins chères que dans les officines spécialisées, elles sont tentantes pour des patients qui ne bénéficient pas d’une couverture sociale et ont désespérément besoin d’un traitement. A des milliers de kilomètres de là, au sein de l’Union européenne, un homme achète, en quelques « clics » de souris auprès d’un site Internet, un médicament contre l’impuissance. Tous sont victimes d’un trafic criminel des plus cyniques qui soient : le trafic de médicaments falsifiés.

Ces produits ressemblent à s’y méprendre, dans leur présentation, aux vrais médicaments. Pourtant, dans une large proportion ils ne contiennent pas de principes actifs ou alors en moindre quantité, ainsi le patient n’est pas suffisamment traité, ce qui compromet sa guérison. Et plus souvent qu’on pourrait le croire, ces principes actifs sont même toxiques, contenant de la farine ou du sucre, parfois même des métaux lourds ou de la poussière de brique, par exemple, qui peuvent empoisonner voire tuer. En Afrique ou en Asie où sont commercialisés la plupart des médicaments falsifiés, ils prennent souvent la forme d’antibiotiques ou de traitement contre la malaria ou le paludisme. Ces produits sont souvent vendus de façon illicite sur des marchés ou via des sites Internet mais on les retrouve de plus en plus dans les circuits de distribution officielle. L’Organisation mondiale de la Santé estime ainsi qu’un médicament sur deux vendu sur Internet est contrefait.

Un marché juteux

Estimé à plus de 50 milliards d’euros par an, le trafic de médicaments falsifiés est un marché extrêmement lucratif pour les organisations criminelles. Tout d’abord, les médicaments sont plus faciles à contrefaire que beaucoup d’autres produits de contrefaçon. Ensuite, contrairement par exemple au trafic de drogue, le nombre d’utilisateurs de médicaments est potentiellement illimité ; chacun d’entre nous est susceptible d’utiliser un jour ou l’autre des médicaments. Par ailleurs, ce trafic est beaucoup plus juteux que les autres activités criminelles : dix fois plus que le trafic d’héroïne ; cinq fois plus que la contrebande de cigarettes. Enfin, les risques judiciaires sont minimes dans de nombreux pays, en effet, le trafic de médicaments falsifiés est généralement sanctionné par de simples amendes. Ces produits peuvent être fabriqués en Asie, leurs notices élaborées en Amérique centrale, pour être ensuite écoulés en Europe du Nord ou en Afrique. En tout état de cause, c’est une véritable aubaine pour les réseaux criminels aux ramifications internationales et personne n’est à l’abri de leurs méfaits.

Engagement fort

Historiquement très mobilisée sur l’accès aux médicaments, notamment dans les pays en voie de développement, la France s’est engagée de manière décisive dans la lutte contre les médicaments falsifiés. Déjà en 2006, grâce à la mise en place d’une contribution de solidarité sur les billets d’avions, la France avait été à l’origine d’UNITAID, la facilité internationale d’achats de médicaments dont elle est aujourd’hui le principal contributeur, et qui représente plus de 60% de son budget. Aujourd’hui, avec ses partenaires européens, elle milite pour que l’Organisation mondiale de la Santé prenne en compte ne serait-ce que la définition « médicaments falsifiés » : un grand pas dans la reconnaissance internationale d’un réel problème de santé publique. Car le véritable enjeu est avant tout celui de la prévention en amenant les États, notamment dans les pays pauvres, à prendre conscience du risque tragique que représente ce trafic pour la santé de tous et alerter les consommateurs qui pourraient en être victimes.

A l’initiative de la France et de la Fondation Chirac, une table ronde a été organisée en septembre dernier à Ouagadougou. Rassemblant divers partenaires gouvernementaux d’Afrique de l’Ouest, elle a déjà porté ses fruits en déclenchant une mobilisation importante de l’ensemble des pays participants. Une autre initiative française vise le Bassin du Mékong où 12% des médicaments vendus dans les pharmacies de la région seraient falsifiés. La France, qui a d’ailleurs nommé un Envoyé spécial chargé de la lutte contre les médicaments falsifiés, épaule activement les autorités nationales du Laos, du Cambodge, de la Thaïlande et du Vietnam pour combattre ce trafic. Informer les populations des risques encourus est certes une priorité mais il faut aussi encourager la coopération de toutes les forces de police, de douane et de justice pour contrer les organisations criminelles à l’origine de ce trafic.

Intensifier la répression

En effet, la prévention doit aussi s’accompagner d’une répression à la hauteur des enjeux. C’est pour cela que le Conseil de l’Europe a élaboré en décembre 2010 une convention internationale dite « Médicrime », qui est un cadre juridique international spécifique au trafic de produits médicaux qui a pour but d’harmoniser les définitions juridiques des infractions et de développer la coopération policière et judiciaire sur ces questions. Douze pays ont d’ailleurs déjà signé cette Convention, le 28 octobre dernier à Moscou.

L’Organisation mondiale de la Santé réunit périodiquement les différents experts des Etats pour définir une stratégie au plan mondial. Interpol est également en alerte et a déjà conduit plusieurs opérations d’envergure. Elle procède périodiquement à d’importantes saisies de médicaments falsifiés. La vigilance des consommateurs, alliée à une mobilisation des États ainsi qu’à l’engagement des forces de police et de douanes, sont les seuls boucliers pour contrer l’expansion de cette nouvelle forme de criminalité.

Pascale Bernard

Dernière modification : 06/01/2012

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