La porcelaine française limite la casse… : N° 32, août 2013

Bien qu’il ne soit pas épargné par la crise, le marché de la porcelaine française perdure et ne cesse de se renouveler, tout comme son savoir-faire spécifiquement français…

Jusqu’au 18ème siècle, la maîtrise des arts du feu permettait en France les créations en verre ou en faïence. Y manquait cependant le kaolin, ce matériau nécessaire à la fabrication de la porcelaine et qui lui donne sa blancheur, sa translucidité mais aussi sa dureté.

Les premières carrières françaises de kaolin sont découvertes en 1768 par deux chercheurs de la Manufacture de Sèvres, créée quelques années plus tôt sous l’influence de Madame de Pompadour, favorite du roi Louis XV. Dès lors, la Manufacture de Sèvres connaît un essor phénoménal et l’industrie de la porcelaine se développe en France.

Le 19ème siècle sera le siècle d’or de la porcelaine française, que l’on s’arrache aux quatre coins de l’Europe. Cette période voit éclore les grandes enseignes qui, aujourd’hui encore, perpétuent un savoir-faire ancestral.

JPEG

En 2010, la Manufacture de Sèvres est devenue la Cité de la céramique, en partenariat avec le Musée national de la porcelaine. Bien que la période économique soit tendue, la Cité, qui est aujourd’hui le dernier outil de production de porcelaine en Europe relevant d’un statut public, a enregistré en 2012 un chiffre d’affaires de 2,2 millions d’euros, en hausse de 18% par rapport aux années précédentes. Cette performance s’explique notamment par les ventes réalisées à l’étranger, qui représentent 11% de l’activité. La production s’exporte notamment au Japon, aux Etats-Unis, en Russie où les rééditions de modèles du 18ème et du 19ème siècle sont très appréciées, tels que le service de Marie- Antoinette, avec l’incontournable bol sein ou le service Duplessis aux oiseaux. Les bons résultats de la Cité de la céramique sont aussi l’aboutissement d’un processus de créativité et de renouvellement artistique : des pièces de moins en moins utilitaires, comme pouvaient l’être traditionnellement les objets en porcelaine, et de plus en plus d’œuvres d’art telles que le vase de Pierre Soulage, édité en série limitée et numérotée, ou le vase Métro du japonais Naoto Fukasawa qui connaît un véritable engouement depuis sa création en 2010.

D’autres grandes enseignes perpétuent le savoir-faire français en matière de porcelaine, comme Haviland, Raynaud, Bernardaud, Pillivuyt.

Les ateliers de Pillivuyt emploient plus de 200 personnes et affichent un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros en 2012. La société est présente dans plus de 50 pays étrangers, où elle réalise la moitié de son chiffre d’affaires. Très appréciée aux Etats-Unis, Pillivuyt y a créé une filiale, à Minneapolis, en 2003.

JPEG

Depuis son ouverture, en 1919, trois générations de la famille Raynaud se sont succédé à la tête de la société. Dès le début, les propriétaires s’intéressent à l’export, tout d’abord avec des clients russes qui apprécient particulièrement les tasses à moka Tzarines : des tasses peintes à la main et reproduisant parfaitement les plafonds des palais de Saint-Pétersbourg. Dans les années 50, Raynaud se tourne vers les Etats-Unis, n’hésitant pas à adapter ses pièces au marché américain : les assiettes sont agrandies, passant de 25 cm à 27 cm, et les anses de tasses sont adaptées aux habitudes d’outre-Atlantique, façon « mug » que l’on tient avec plusieurs doigts. Depuis trois ans, Raynaud est également présent en Chine et réalise, pour l’international, de nombreuses pièces sur mesure.

Fondée en 1842, Haviland est également un nom incontournable de la porcelaine française. Comme chez les autres grandes enseignes, le travail est entièrement réalisé à la main, sur le sol français. Avec un chiffre d’affaires de près de 9 millions d’euros en 2012, Haviland est présente dans le monde entier via un réseau de 500 distributeurs s’étendant du Moyen-Orient aux Etats-Unis en passant par l’Afrique du Nord, l’Asie et la Russie. Haviland n’hésite pas à adapter ses collections à la demande. En France, une collection Comédie Française a ainsi été créée, en hommage au grand théâtre français fondé en 1680. Dans les pays du Moyen-Orient, ce sont des produits davantage chargés en incrustations et matériaux précieux qui sont proposés.

Bernardaud, un autre grand porcelainier français, fête cette année le 150ème anniversaire de sa création. A cette occasion, des artistes de renommée internationale, tels que Jeff Koons, Sophie Calle, David Lynch, Prune Nourry et JR, ont dessiné des collections d’assiettes. Le résultat est surprenant, original et résolument contemporain. La porcelaine n’a pas fini de faire parler d’elle !

Virginie Oks

Dernière modification : 28/08/2013

Haut de page