La France excelle dans la chirurgie « sans ouvrir » : N° 34, octobre 2012

JPEG - 77 ko
Mr Jacques Marescaux, President of the Institute of Research against Digestive Cancer, IRCAD-EITS

Les experts français sont reconnus à l’échelle mondiale pour être les précurseurs dans le développement et l’enseignement de procédés dits micro-invasifs, notamment en chirurgie transgastrique. Les innovations constantes de la robotique et des techniques virtuelles dans la pratique opératoire ouvrent de nouvelles perspectives, telles les interventions chirurgicales sans cicatrice visible.

La chirurgie a subi, ces dernières années, une véritable révolution. L’ère de la chirurgie mini-invasive, imaginée par des chirurgiens français, a permis le développement d’un marché considérable à l’international, en particulier au Japon, aux Etats-Unis, en Amérique Latine ou en Chine, mais aussi en Espagne, en Allemagne et en Italie. La chirurgie transluminale ou chirurgie sans cicatrice visible est un nouveau concept, en pleine évolution.

« Une nouvelle étape est franchie avec la chirurgie sans trou ou transluminale, empruntant les orifices et les voies naturelles de l’organisme. On gagne en performance avec une chirurgie de moins en moins invasive », explique Jacques Marescaux, Professeur de chirurgie à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Strasbourg, président de l’Institut de recherche formation contre le cancer, l’IRCAD-EITS. Contrairement à la chirurgie classique, la chirurgie micro-invasive permet au médecin d’accéder aux organes à traiter en faisant les incisions les plus petites possibles, avec des instruments lilliputiens, en passant par les voies naturelles (bouche, rectum, urètre…). « En 2007, nous avons réalisé avec succès la première résection de vésicule biliaire au monde par voie vaginale », indique le Pr Jacques Marescaux. Les chirurgiens ont opéré en contrôlant leurs gestes à partir d’images transmises sur ordinateur. Depuis, une cinquantaine d’opérations de ce type ont été pratiquées avec succès dans le service du Pr Marescaux.

La chirurgie transgastrique est une approche expérimentale de la chirurgie par voie naturelle. Le médecin place un endoscope très flexible, doté d’une caméra miniature, à partir d’un orifice. Puis, en passant l’instrument, long et fin, à travers la paroi de l’estomac (voie transgastrique), il va atteindre l’organe à traiter : la vésicule, la rate, les reins, le colon, l’intestin ou la glande surrénale. Cette méthode demande l’assistance d’une robotique ultra perfectionnée. « Le développement de la robotique flexible est en plein essor. Grâce aux nouvelles technologies de l’informatique, le geste va devenir semi automatique. On a en France une institution, l’Institut de recherche en informatique et en automatique (INRIA), qui compte une équipe de 3 000 ingénieurs parmi les plus réputés au monde », indique le Pr Marescaux.

De nombreuses recherches associant une approche robotique (outils extrêmement maniables…) et la télémanipulation (logiciels spécialisés…) sont en cours, notamment pour guider de façon très fine le geste du clinicien. Les points à améliorer concernent les mouvements physiologiques des organes et les mouvements du corps du patient (respiration, battements cardiaques…).

« De nombreux pays sont intéressés par notre expérience et sollicitent notre concours. Notre école forme environ 4 000 chirurgiens par an, venus de 92 pays. On a un vivier phénoménal de gens créatifs », observe le Pr Jacques Marescaux. Conçu dans le même esprit que l’ICAD alsacien, le centre de Changhua, baptisé ASIA-IRCAD, a vu le jour en 2008, sur la côte Ouest de Taïwan. Le marché est immense, avec environ deux millions de chirurgiens à former. Sa renommée est internationale. Il se positionne comme la plus grosse structure en Asie pour les formations à la chirurgie mini-invasive. En 2009, l’IRCAD a également ouvert une antenne au Brésil, dans l’Etat de Sao Paulo. « Les trois centres travaillent en partenariat, tant sur le plan clinique que sur celui de la recherche et de la formation. Le transfert de compétences et de savoir-faire scientifique est essentiel ».

Les avantages offerts par cette chirurgie de pointe sont multiples car ils permettent à la fois d’opérer des patients plus fragiles, notamment les personnes âgées, et de traiter des affections plus complexes, comme le cancer. Autres bénéfices : la réduction de douleurs post-opératoires et de risques de complications, une cicatrisation beaucoup plus rapide, des anesthésies plus légères et une durée d’hospitalisation plus courte. Enfin, si l’on se réfère à l’esthétique, l’absence de cicatrice apparente. Doué de la plus haute précision, le robot, quant à lui, permet au chirurgien d’être plus rapide, plus concentré.

Dans cette quête d’une chirurgie toujours moins agressive, le Pr Jacques Marescaux, qui fut à l’origine, en 2001, de la première opération mondiale de télé-chirurgie avec un chirurgien à New-York et une patiente à Strasbourg, annonce une nouvelle révolution : l’assistance de la réalité virtuelle. Il s’agit de construire, à partir d’images du patient obtenues par scanner ou IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique), une copie en 3D de l’organe à opérer : le chirurgien est guidé comme au travers d’un corps transparent. Il devient alors possible de simuler l’intervention, de la répéter à l’avance jusqu’à parvenir à une opération idéale, enregistrée sur ordinateur.

En inventant la chirurgie hybride, l’Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg, structure d’excellence tout récemment créée (il y en a six en France), pourrait devenir le centre du nouveau monde chirurgical. Doté de salles d’endoscopies futuristes, de blocs opératoires uniques au monde, il devrait aussi permettre la création de 2 000 emplois. Tout pourrait devenir possible pour le praticien : planifier les séquences de l’opération et agir en direct sur les organes malades, sous contrôle immédiat. « C’est la chirurgie du futur », s’enthousiasme le Pr Marescaux.

Annik Bianchini

Sites Internet

www.ircad.fr : Institut de Recherche contre les Cancers de l’Appareil Digestif (IRCAD)

www.inria.fr : Institut National de Recherche en Informatique et Automatique (INRIA)

Dernière modification : 15/10/2012

Haut de page