Chipyong-ni

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Le Bataillon Français (BN/FR) a combattu au sein du 23° Régiment d’infanterie US, unité de la 2° DI/US appartenant au X° CA/US. Il formait le 4° bataillon de ce Régiment modulaire de 3000 fantassins, constitué en ‘RCT’ (Regimental Combat Team) avec des renforcements variables selon les missions.

A Chipyong-ni, le 23° RCT atteint 5000 h, avec :
- 4 BN/infanterie,
- 3 batteries de 105, 1 batterie de 155 et 1 batterie anti-aérienne de 40 mm bofors,
- 4 autres compagnies en renforcements (chars, génie, Rangers, Reconnaissance).

Aligné sur les structures américaines, le BN/FR mettait en œuvre :
- 70 véhicules,
- 1 CCS, comprenant la fameuse et plusieurs fois décimée section de pionniers,
- 1 CA, compagnie d’armes lourdes (MO 81, 75 SR, mitrailleuses tous calibres),
- 3 Compagnies de voltigeurs à 5 sections chacune (3 sections de FV, 1 section armes lourdes), dont la compagnie dite ‘ROK’ de fantassins coréens (2éme Compagnie, commandée par le Capitaine Goupil, qui sera tué sous Crèvecoeur).

Cadre général des combats

Les combats à Twin-tunnels et Chipyong-ni s’inscrivent dans le cadre de l’offensive chinoise de l’hiver 1950-51, qui sera enrayée par la résistance, à cet endroit, des unités auxquelles le bataillon français était intégré, et par l’exploitation qui en sera faite sur tout le front.
Ils se situent après les durs combats de Wonju (janvier 51), où le bataillon français venait de forcer l’admiration par des contre-attaques décisive à la baïonnette.
Retrouvant un peu d’assurance après de cuisants échecs et une succession de replis devant la poussée chinoise, le commandement américain des forces des Nations Unies met en œuvre une nouvelle tactique. Elle consiste à lancer au cœur du dispositif ennemi un ‘groupement tactique’ pour l’obliger à se dévoiler et à se disperser, ce qui allège d’autant la pression sur le front principal.

Préliminaires et 2° combat de Twin-tunnels (1-2 février 1951)

A partir du 30 janvier 51, anticipant une offensive chinoise sur l’ensemble du front, alors stabilisé au sud de Séoul (ligne Suwon-Yoju-sud de Wonju), le commandement engage le 23° RCT, groupement tactique à 4 bataillons renforcés, sur les axes au nord de Yoju pour y occuper un important nœud ferroviaire et routier à Chipyong-ni (25 km au nord de Yoju).
Le régiment éclaire sa progression avec 2 bataillons en tête, dont le BN/FR qui ‘pitonne’ à l’ouest. Le mouvement déclenche une nouvelle intervention chinoise à Twin-tunnels. Les deux bataillons de tête, encerclés pendant 14 h, au bord de l’anéantissement, lutteront au corps à corps contre 2 régiments chinois avant d’être dégagés.
Les pertes françaises s’élèvent à 30 (3 officiers, 5 sous-officiers et 22 soldats), essentiellement au sein de la 3° compagnie.

Résumé des combats de Chipyong-ni

Arrivé à Chipyong-ni le 3 février, le 23° RCT s’y installe en ‘périmètre défensif fermé’, ravitaillé par avion.

Terrain

Le périmètre défensif fait environ 6 kms et s’appuie sur des collines basses (200 m de hauteur maximum) et des buttes ou remblais encadrant le hameau.
Il est entièrement dominé de tous côtés par de gros massifs montagneux (jusqu’à 500 m d’altitude), à portée de mortier et de mitrailleuse. C’est un nœud routier et ferroviaire à l’intersection de 4 vallées, dans une cuvette, les routes étant reliées aux grands axes allant vers Wonju et Séoul.

Position du Bataillon Français avec sa compagnie ROK

Le BN/FR couvre 1/3 du périmètre (sud-ouest, ouest et pointe nord-ouest), seul espace de plaine d’un terrain ailleurs montagneux.
La section de pionniers et la compagnie ROK sont installées en point d’appui à la gare, face au nord-ouest (la présentation du site des combats pour le CEMA aura lieu de cet endroit).
La 1° compagnie est à l’ouest, au delà de la voie ferrée.
La 2° compagnie fait face au village de Chondok, route venant du nord incluse.
2 sections de la 3° compagnie sont en réserve, prés de la gare.
Renforcements du Bataillon : 1 peloton de chars, 1 section blindée, 2 canons de 40 bofors.


Les phases des combats

Du 4 au 13 février, le groupement effectue des patrouilles du niveau compagnie. Le contact avec l’ennemi est de plus en plus proche, dés la sortie de la cuvette à partir du 10. L’encerclement par 4 divisions chinoises est confirmé (48 000 h).
Devant la disproportion des forces, le commandement américain envoie un groupement tactique par l’ouest, ainsi que la 27° Brigade UK et le 5° CAV/US, prélevés sur un autre corps d’armée, depuis le sud. Mais ils sont encore à 17 kms au mieux de Chipyong-ni quand l’assaut chinois se déclenche.
Le 13 février à 22 h, l’ennemi attaque simultanément tout le périmètre, après une intense préparation d’artillerie (près de 300 obus sur le PCR).
Malgré des heures très critiques, en particulier la journée du 15 quand les Chinois s’emparèrent du verrou sud de la position (compagnie US Georges), la garnison tient à 1 contre 10.
Les premiers éléments envoyés pour dégager le 23° RCT arriveront le 15 février au soir, desserrant progressivement l’étau. Les pertes françaises s’élèvent à 11 soldats.


Commentaires

L’offensive chinoise s’est brisée à Chipyong-ni, consacrant le succès d’une tactique qui aura tendance à se diffuser dans les états-majors.
Avec des réussites mais aussi des drames (Dien Bien Phu).

A Chipyong-ni, les Français ont été les premiers à intégrer des Coréens comme combattants et non plus simples porteurs, une réussite copiée ensuite par d’autres unités.

Des historiens militaires américains considèrent enfin que le succès à Chipyong-ni a permis d’éviter l’utilisation de bombes nucléaires par le général Mac-Arthur, qui pensait être autorisé à les larguer sur l’ennemi en cas d’effondrement du camp retranché.
Car une défaite a Chipyong-ni aurait irrémédiablement compromis la résistance du front principal, mal stabilisé à 30 km plus au sud. Confronté au risque d’effondrement de cette ligne de défense peu hermétique et sans réserves, le Commandant en chef aurait eu semble-t-il l’accord de principe du Président Truman pour utiliser tous les moyens, dont le nucléaire, pour éviter cela.
Cet épisode du passé reste d’actualité dans le psychologique des acteurs actuels et dans les problématiques d’aujourd’hui. La Corée du nord se réfère souvent à cette menace de 1951.

Dernière modification : 24/05/2016

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