Les chemins français de Saint Jacques de Compostelle uni : N° 26, novembre 2014

Un pas, puis un autre et encore un… Au bout du chemin et à des journées de marche plus loin, la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle attend depuis le Moyen-âge les pèlerins du monde entier. Bien sûr, une partie des chemins traversent l’Espagne mais d’autres permettent aussi d’arpenter la France. Balisés depuis des siècles, ils récompensent le pèlerin marcheur de ses efforts par des paysages et des monuments magnifiques et surprenants.

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© MAEDI / Photo F. de La Mure

En 2013, 215000 pèlerins dont la moitié d’Espagnols ont franchi le porche de la cathédrale romane de Saint Jacques. Les autres, hommes et femmes, viennent de tous les pays du monde, notamment d’Allemagne, d’Italie ou des Etats-Unis. Ce sont souvent eux qui choisissent d’emprunter l’un des quatre principaux chemins français, armés de bonnes chaussures, d’un bâton et d’une détermination sans faille.

Le premier chemin français est la Voie du Puy en Velay. En 2009, plus de 12000 pèlerins issus de 63 pays différents ont reçu la bénédiction de départ dans sa cathédrale. Une bénédiction comme un visa de bonne route car pour la grande majorité des marcheurs, la motivation de cette randonnée au long cours n’est pas religieuse. Volontés de marquer une étape, de se dépasser ou de se ressourcer sont plus souvent exprimées. Dès l’église Saint-Michel d’Aiguilhe, spectaculairement perchée sur une mince cheminée volcanique, le « jacquet » ou pèlerin de Compostelle sait que la route qui se déroule devant lui sera époustouflante. Cette voie, la plus connue des routes historiques, est aussi la plus ancienne puisque les premiers pèlerins l’ont suivie avant l’an mil. Des paysages volcaniques, le randonneur passe aux massifs granitiques, traverse les plateaux infinis de l’Aubrac pour se couler ensuite dans la douceur et la beauté de la Vallée du Lot avant de rejoindre les coteaux et les vallons ondulants de Gascogne. L’architecture romane accompagne le pèlerin de sa beauté, notamment à l’abbaye de Sainte-Foye. En contrebas, les rues pavées de la ville médiévale de Conques résonnent sous les pas des randonneurs. Classée au patrimoine mondial, on ne peut rêver mieux comme étape. Plus loin, le pont Valentré à Cahors, l’un des plus beaux monuments historiques d’Europe, se réfléchit sur le Lot.

Un pèlerinage contemporain

Les ponts ont été construits pour permettre aux pèlerins de franchir les cours d’eau. Des villes ont suivi. Le développement du pèlerinage a favorisé la prospérité des régions qui mènent jusqu’en Galice espagnole. Selon la légende, c’est en 813 qu’un ermite trouve la sépulture de l’apôtre Jacques. Il aurait été guidé par une étoile, d’où le nom de Compostelle, (le Champ de l’étoile). Bientôt, l’Eglise organise le pèlerinage qui tombera peu à peu en désuétude à la fin du 19ème siècle.En 1950, une structure française le relance et il retrouve sa vitalité d’antan. Le Conseil de l’Europe donne un coup de pouce supplémentaire en 1987 en le proclamant « premier itinéraire culturel européen ». Depuis, la popularité du pèlerinage ne cesse d’augmenter puisque sa fréquentation s’est multipliée par cinquante en vingt ans.

Une autre façon de commencer le pèlerinage quand on habite loin, voire hors de l’Europe, c’est de prendre un avion jusqu’à Paris ! Au plein cœur de la ville lumière, derrière la bien-nommée Tour Saint Jacques et à quelques mètres de la station de métro « Châtelet », le pèlerin peut commencer son parcours à la terrasse du Café Livres. Sur le zinc du bistrot, sa « créanciale » est tamponnée. Sorte de passeport pour Jacquet, elle permet de recevoir un certificat d’arrivée à destination mais surtout de bénéficier d’hébergements réservés aux pèlerins. Après avoir descendu la rue Saint Jacques en direction du sud, le pèlerin va rejoindre alors la Voie de Tours (ou via Turonensis) comme avant lui, Saint Louis ou Richard Cœur de lion. Cette voie est appelée le Grand chemin de Saint Jacques ou le « chemin dallé des pèlerins ». On peut rejoindre aussi Chartres et se repaître de la beauté gothique de sa cathédrale, jamais tout à fait la même selon la lumière qui traverse ses vitraux. Commence ensuite une route fastueuse et majestueuse dans la France des châteaux : Chambord, Blois, Chenonceau, Amboise. Que de merveilles de la Renaissance ! Dans la cathédrale Notre-Dame la Grande à Poitiers, le pèlerin ne peut qu’être séduit par la beauté des colonnes aux motifs peints. Après l’estuaire de la Gironde, le parfum des vignes inonde le chemin qui débouche sur Bordeaux et ses vins. Car parcourir la France à pieds ou en vélo vers Compostelle peut permettre aussi de profiter de sa gastronomie et de l’hospitalité de ses habitants.

Des chemins pour chacun

Si l’on préfère les vins de Bourgogne, mieux vaut alors commencer le Chemin de Vézelay. Troisième chemin français, il commence au pied de la Basilique Sainte-Marie-Madeleine, très lumineuse par ses alternances de pierres sombres et claires. La voie se poursuit vers Bourges, puis Limoges et Périgueux et offre une plongée dans la France profonde, celles des traditions, de la campagne et de la douceur de vivre. Des bonnes tables aussi ! La nature française est généreuse de ses bienfaits. Si la plupart des pèlerins marchent d’avril à octobre, la douceur du climat est assurée toute l’année sur la Voie d’Arles. A l’époque médiévale, pèlerins de Compostelle et pèlerins qui partaient à Saint Pierre de Rome ne cessaient de se croiser sur ce chemin méditerranéen, le plus long des quatre. Un temps accru qui multiplie aussi les merveilles. Dans le Haut Languedoc, les paysages donnent le tournis et demandent de l’endurance, malgré les encouragements stridents des grillons. Toulouse, la ville rose, s’approche pour reprendre des forces. Encore plus au sud, les troupeaux de brebis rappellent qu’il faut se préparer à la traversée des Pyrénées, frontière naturelle entre la France et l’Espagne. Au-delà, les quatre chemins se rejoignent en un seul « camino francés » (chemin français), surnommé « l’autoroute des pèlerins », car le plus fréquenté. Tant de chemin déjà parcouru ; ne restent que 800 kilomètres.

Pascale Bernard

Dernière modification : 29/12/2014

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