La France et l’économie sociale et solidaire : N° 41, décembre 2013

Le projet de loi pour l’économie sociale et solidaire, actuellement examiné par le Parlement, met sous les feux de la rampe un secteur au poids considérable qui apporte des réponses crédibles aux circuits économiques traditionnels.

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L’économie sociale et solidaire est constituée d’une myriade d’organismes diversifiés : on y trouve des associations, des mutuelles, des coopératives, des fondations, des structures d’insertion… Le secteur est cependant caractérisé par ses modes de fonctionnement : gestion et gouvernance en commun ; limitation des profits au nom d’objectifs sociaux, de solidarité et de coopération ; absence de spéculation sur les parts sociales de l’entreprise.

Apparue au XIXème siècle, elle est demeurée jusque dans les années 60 dans la tradition de l’économie sociale associative. Elle s’est ensuite transformée dans les années 70, avec la volonté de lutter contre les inégalités et pour la protection de l’environnement, s’enrichissant du développement d’activités « solidaires » en direction des publics vulnérables et des territoires délaissés.

L’économie sociale et solidaire est restée longtemps méconnue, marginalisée, caricaturée comme étant une utopie généreuse et naïve. Aujourd’hui, cette vieille idée réapparait avec vigueur ! Raison de cette reconnaissance inédite, l’ampleur qu’elle a prise et qui ne peut plus être ignorée. Une utopie réalisée, ce n’est pas si fréquent…

On pensait que l’économie sociale et solidaire était surannée et pourtant elle innove. C’est le cas par exemple de la société coopérative Repic, à Montpellier, qui élabore des projets avant de chercher les dirigeants qui vont les mettre en œuvre. On croyait l’économie sociale et solidaire sans véritable ambition, mais elle compte de grandes entreprises : Vitamine T à Lille (3 000 salariés) ; le groupe SOS (10 000 salariés) ; le Crédit coopératif (2 000 salariés) ; le pôle Sud-Archer dans la Drôme (1 200 salariés)… En France, 200 000 entreprises engagées dans l’économie sociale et solidaire emploient plus de deux millions de salariés ; soit un emploi privé sur huit. L’activité du secteur correspond à près à 10 % du PIB. Ces dix dernières années, l’économie sociale et solidaire a créé 440 000 emplois nouveaux ; une hausse de 23 % - contre 7 % pour l’économie traditionnelle !

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L’essor de l’économie sociale et solidaire est mondial et représenterait entre 5 et 10 % du PIB mondial. Au niveau international, le Réseau intercontinental de promotion du secteur vient d’organiser son 5ème rassemblement à Manille. En France, les Rencontres du Mont-Blanc rassemblent des dirigeants venus de plus de 40 pays. Quant aux Assises du développement et de la solidarité internationale, pilotées par le ministre délégué chargé du développement, elles ont permis un vaste dialogue entre les acteurs du secteur et les pouvoirs publics.

Si l’économie sociale et solidaire suscite désormais un tel intérêt, c’est aussi parce que les messages véhiculés par son action trouvent un écho dans la population. « Elle apporte des réponses concrètes aux questions actuelles : justice sociale, inégalités, environnement, meilleure prise en compte des ressources, explique le sociologue et économiste Jean-Louis Laville, directeur d’un laboratoire de recherches au CNRS. On reconnaît que l’économie sociale et solidaire peut répondre aux besoins des populations et des territoires ».

Serait-ce la fin de la domination du couple Etat/marché dans le débat économique ? C’est en tout cas une prise en compte de la société civile. En France, la finalité de la future loi est d’accompagner le développement de l’économie sociale, notamment en facilitant son financement. C’est d’ailleurs un « secteur stratégique d’avenir » pour la Banque publique d’investissement qui va lui affecter 500 millions d’euros de crédits.

Sylvie Thomas
Quelques chiffres de l’économie sociale et solidaire en France :

- 200 000 entreprises

- deux millions de salariés

- 10 % du PIB

Dernière modification : 23/12/2013

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